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| Publié le mercredi 27 avril 2005Il suffit de déplier la carte et la route, les églises, le vent frais, les prairies... s’étirent dans l’accordéon des paysages. Ecrire, c’est mettre au jour le souvenir d’un coin de terre embroussaillé au creux d’un petit val... et les mots s’envolent au son de la mémoire. Mais au préalable, rappel de l’itinéraire, mettre une échelle à l’envergure du voyage. Suivre au plus près la ligne droite qui court des environs de Belfort à l’embouchure de la Loire (une tante et un oncle habitent le pays du muscadet). 61 cm sur la carte de France, 610 km. A l’arrivée, le compteur affichera 764 km, avec seulement 3 ou 4 km de route nationale ; l’essentiel du parcours emprunte les petites routes blanches de la carte, très nombreuses, avec parfois l’herbe qui pousse au milieu, le macadam qui disparaît... Du bout du doigt, je reprends ce parcours sur les cartes détaillées (l’IGN au 100000e), pour retrouver quelques images dans l’enfouissement du voyage. Départ l’après-midi ; il ne pleut pas, mais il fait froid. A présent, « Nous n’avons à nous que le temps dont jouissent ceux-là mêmes qui n’ont pas de demeure. » (Cioran) Partir lentement sur de lourdes bicyclettes, c’est un peu rejoindre une patrie archaïque, celle de l’humanité nomade d’avant les temps agricoles. Impression de ressentir cette fibre, cet instinct encore niché dans le corps sédentaire, que l’effort physique accentue certainement. La perception, la pensée qui habite le corps occidental peuvent-elles s’effectuer pareillement qu’au temps « de l’ancienne chair accablée de poids et de nécessités » ? (M. Serres) Délester l’esprit de ses poids modernes et les reporter sur le corps dont on retrouve l’ancienneté, le primitivisme. Le voyage à bicyclette n’est peut-être pas seulement progression dans l’espace, mais aussi régression dans le temps...
Par liseron • 2005-04-27 05:33:32 Permalien | • 1 Commentaire : Commentaire écrit le samedi 30 avril 2005 à 22:47:01 (lien) Nessa Brillante évocation des différents visages de la mémoire. Les souvenirs bien vivants que l’on se projettent comme un film et ceux qui nous parviennent comme un écho, gravés dans la mémoire collective. Ajouter un commentaire |
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