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Publi le mardi 09 novembre 2004

Mardi 09 novembre 2004
Mégalithe et mégabit...

«Il y avait les Pierres Dressées, ces neuf derniers mois elle les avaient vues si rarement. Elles se tenaient là et attendaient, couvertes de toiles d’araignées, et elle alla appuyer sa joue contre la grande pierre, le monstre dressé qui semblait scruter les eaux du lac et bien au-delà jusqu’aux horizons bleutés des monts Grampians. Appuyée contre la pierre, sa joue meurtrie posée là, elle ressentit quelque chose d’étrange et de rassurant, et le plus étrange était de penser que cet ancien cercle de pierres était devenu, au fur et à mesure que les années passaient à Kinraddie, le seul endroit où elle pouvait venir et prendre un peu de distance avec la clameur des jours.»
Passage extrait de Sunset Song, très beau roman de Lewis Grassic Gibbon, paru en 1932, qui chante la campagne écossaise au tout début du XXe siècle. Chris Guthrie, l’héroïne, me rappelle cet autre grand portrait féminin de la littérature anglaise, la Prue du livre de Mary Webb, Sarn (publié en 1924). Les forces du réel, les pesanteurs du monde ancien, le poids de la terre et des pierres se mêlent aux puissances de l’imaginaire...

Un magazine français de la semaine, Le Nouvel Observateur, consacre un article à la planète Blog : 10 millions d’habitants sur la «bloggosphère», qui entrecroisent aussi les feux de leur imagination avec les affres contemporaines... De la pierre solide et rassurante, menhir d’un temps immobile, serions-nous passés au bit volatil des temps accélérés ?

 

La danse est en eux,
La flamme est en eux,
Quand bon leur semble.

Ce n’est pas un spectacle devant eux,
C’est en eux.

C’est la danse de leur intime
Et lucide folie.

(...)

Mais le pire est toujours
D’être en dehors de soi
Quand la folie
N’est plus lucide.

D’être le spouvenir d’un roc et l’étendue
Vers le dehors et vers le vague.

(Guillevic, poète breton / Les Rocs, dans Terraqué, 1942)
Par liseron • 2004-11-09 08:14:00
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