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Vosges saônoises...

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Lundi 5 mars 2007
Histoire et fait divers...

Pas de vacances si l’on ne quitte pas la maison et les sentiers battus. Il suffit d’écouter la radio ou de lire blogues et journaux pour retrouver le chemin de l’école… J’ai donc écouté ce matin Antoine Prost, une voix d’historien un peu discordante dans le chœur des sociologues faisant sonner souvent les grandes orgues dans les tuyaux courts de la période brève. Or derrière l’écume du temps politique repose le temps long de l’éducation ; aucun ministre de l’Education nationale n’a œuvré, par exemple, plus de trois ou quatre années dans son Ministère, aucun n’a atteint les cinq années, c’est à dire le temps d’une scolarité primaire… L’historien de l’enseignement souligne par contre la longue continuité des questions de l’école et retrouve dans les débats d’aujourd’hui des interrogations vieilles souvent de plus d’un siècle, portant notamment sur la démocratisation (devenue massification), sur l’élitisme… L’école s’ouvre ou se ferme : pour qui ? pour combien ?... A. Prost relativise également les conclusions peut-être trop péremptoires des fameux ouvrages de Bourdieu et Passeron, Les Héritiers (1964) et La Reproduction (1970) ; la culture académique, les humanités gréco-latines sont portées surtout par le monde de l’Université qui n’est pas tout à fait celui de la classe dominante. D’autre part l’école tiendrait tout de même l’équilibre malgré la valse à 1000 temps des réformes, malgré le concert assourdissant de la société que ne perturbent en rien les murmures de la classe. L’école ne va finalement pas si mal. Propos assez roboratif, avec la prise en compte de la longue durée, qui invite à retrouver la profondeur du temps dans le présent étale... Une autre entrée en matière surgissait aussitôt après l'émission, aux informations de 10 heures : professeur poignardé dans sa classe de seconde, à Lyon... L'évocation de cette longue histoire de l'éducation et l'intrusion soudaine et dramatique de l'événement s'opposaient ce matin comme graine et grain de sable, promesses et blocage...


Par liseron • 2007-03-05 16:32:05
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Lundi 14 novembre 2005
11 novembre...

Petite balade dans la lumière déjà froide du jour martial, 11 novembre sur la Route des Mille Etangs... Croisé une véritable colonie de naturalistes (leur équipement laissait penser ainsi), échappés d'une procession d'automobiles qui s'accrochaient piteusement à l'herbe des talus ; venus de Belgique... Les autochtones englués aussi dans la nature, tout éclaboussés par la boue des étangs qu’on pêche en ce moment...

Attention aussi à la crise de l’industrie rurale, quand la conversation a quitté les salons, les bistrots, les moulins, les lavoirs... Et pourtant la lumière qui rase les chaumes, les fils électriques qui biffent le paysage, la fumée qui sort de la cheminée, le clocher qui n’en pense pas moins... un reste de chaleur embrumait le village...


Par liseron • 2005-11-14 13:37:49
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Mercredi 12 octobre 2005
"Autour de leurs clochers d'église..."

"...à la verticale, vous n'échapperez pas." Régis Debray finit ainsi son étonnant : "Dieu, un itinéraire". Dans mes itinéraires pacifiques du mardi, je ne me lasse pas de tous ces petits clochers bulbeux qui couvent quelques vieux pans de maison. Les villages sous le soleil d'automne sont presque déserts ; quelques femmes dans les enclos de jardin, un monsieur qui m'indique en allemand une direction, un artisan qui réaménage un intérieur de ferme....

En attendant le vent de novembre, c'est la poésie de Verhaeren qui m'accompagne :

"Les vieux chaumes, à cropetons,
Autour de leurs clochers d'église."

"A cropetons", c'est sans doute "accroupis"... Le village continue de s'amarrer à l'église souvent vide et branlante, comme...

"Dans les étables lamentables,
Les lucarnes rapiécées
Ballottent leurs loques falotes

Le village comtois, avec son église du XVIIIe siècle, étincelle romane dans le feuillage jaunissant, c'est ce mélange d'horizontalité et de verticalité, de terre et de ciel...


Par liseron • 2005-10-12 07:09:39
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Samedi 8 octobre 2005
Début d'automne...

Dans le paysage mouillé, j'ai laissé la bicyclette pour une petite marche de reconnaissance, que je souhaite faire accomplir, la semaine prochaine, à une vingtaine d'élèves... Retrouver des traces d'industrie à la campagne, dans la montagne...

 


Par liseron • 2005-10-08 14:22:18
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Mardi 27 septembre 2005
Zig-zag...

Des nuages très haut et, dans la brume légère, des clochers et des troupeaux immobiles, quelques labourages au loin silencieux... Une irréalité frappe ces villages d'automne que survolent quelques corbeaux criaillants... et soudain le vrombissement d'un couple de "Mirages", et la rumeur de la nationale cachée, et la ligne ferroviaire Paris-Bâle... et puis plus rien, une tranquillité de matin du monde, entre Epenoux et Villeparois tout particulièrement...

 


Par liseron • 2005-09-27 12:19:49
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Mardi 20 septembre 2005
Le vélo reprend...

Je reprends sur deux roues la route intermittente ; non pas celle du travail, le chemin quotidien, mais l'échappée belle du mardi vacant, quand la population des villages s'affaire à la ville... Je traverse des bourgs presque déserts ; quelques retraité(e)s dans les jardins, une employée communale qui repeint un banc public, une maman qui promène l'enfant...
Pour voir l'automne naissant, j'ai emprunté la route des villages des bois. Route forestière à flanc de coteau, route du Chérimont, ruisseau des Battants... Traversé pour la première fois les Hautes et Basses Valettes, où un grand-oncle d'autrefois faisait des tournées de facteur. C'était même le but inavoué de ma promenade : retrouver cette route des années 1920, voir le paysage traversé par une bécane de facteur...
J'ai aussi retrouvé ceci, en vrai et en roman : "...le fumet des champignons s'élève à peine au-dessus de la terre. Dans la sapinière, dont le sol roux grésille sous les pneus comme de la chapelure, aucun souffle ne balance sur leurs tiges grêles les larges éventails des fougères." C'est tiré de Vieille France ; dans ce livre oublié, Roger Martin du Gard montre un village en suivant un facteur dans sa tournée, un facteur qui s'appelle Joigneau...

Une tournée de vélo après l'été inactif.


Par liseron • 2005-09-20 12:27:55
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Dimanche 8 mai 2005
Le vélo libertin...

Toujours Alfred COURMES, qui abandonne le mot bicyclette pour celui de vélo. Titre du tableau (une huile de 1929) : "Du vélo, elle en veut..."

 


Par liseron • 2005-05-08 14:34:10
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Dimanche 1 mai 2005
Comme isolés du monde...

Pour faire écho au texte de Jules Romains (billet du 25 avril), ces lignes de Zola, citées dans la dernière livraison "Revue de la Confrérie des 650" (encore tout un programme à débattre sur un point de technique... essentiel : le diamètre de la roue !)

Ils se levèrent, regagnèrent la route, en poussant les bicyclettes. Et ils repartirent d'un bon train, passèrent devant les loges, arrivèrent à Saint-Germain par la superbe avenue qui débouche devant le château. Cela les ravissait de rouler de nouveau côte à côte, comme des oiseaux accouplés, planant d'un vol égal. Les grelots tintaient, les chaînes avaient leur petit bruissement léger. Et, dans le vent frais de la course, ils reprenaient leur conversation, très à l'aise, très intime, comme isolés du monde, emportés très loin et très haut." (Zola, extrait -dit la Revue- de "Paris" ? "Le ventre de Paris" ?)

Alfred COURMES, Groupe à la bicyclette (1925)


Par liseron • 2005-05-01 13:25:54
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Mercredi 27 avril 2005
Au demeurant...

Il suffit de déplier la carte et la route, les églises, le vent frais, les prairies... s’étirent dans l’accordéon des paysages. Ecrire, c’est mettre au jour le souvenir d’un coin de terre embroussaillé au creux d’un petit val... et les mots s’envolent au son de la mémoire. Mais au préalable, rappel de l’itinéraire, mettre une échelle à l’envergure du voyage.

Suivre au plus près la ligne droite qui court des environs de Belfort à l’embouchure de la Loire (une tante et un oncle habitent le pays du muscadet). 61 cm sur la carte de France, 610 km. A l’arrivée, le compteur affichera 764 km, avec seulement 3 ou 4 km de route nationale ; l’essentiel du parcours emprunte les petites routes blanches de la carte, très nombreuses, avec parfois l’herbe qui pousse au milieu, le macadam qui disparaît... Du bout du doigt, je reprends ce parcours sur les cartes détaillées (l’IGN au 100000e), pour retrouver quelques images dans l’enfouissement du voyage.

Départ l’après-midi ; il ne pleut pas, mais il fait froid. A présent, « Nous n’avons à nous que le temps dont jouissent ceux-là mêmes qui n’ont pas de demeure. » (Cioran) Partir lentement sur de lourdes bicyclettes, c’est un peu rejoindre une patrie archaïque, celle de l’humanité nomade d’avant les temps agricoles. Impression de ressentir cette fibre, cet instinct encore niché dans le corps sédentaire, que l’effort physique accentue certainement. La perception, la pensée qui habite le corps occidental peuvent-elles s’effectuer pareillement qu’au temps « de l’ancienne chair accablée de poids et de nécessités » ? (M. Serres) Délester l’esprit de ses poids modernes et les reporter sur le corps dont on retrouve l’ancienneté, le primitivisme. Le voyage à bicyclette n’est peut-être pas seulement progression dans l’espace, mais aussi régression dans le temps...


Par liseron • 2005-04-27 05:33:32
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Lundi 25 avril 2005
Un espace incontesté...

Ne nous pressons pas de partir... Encore quelques petites notations au petit bonheur des chemins. Le vélo, avec quelques autres sports rares (comme la boxe) a fomenté une mythologie. La geste cycliste, avant de submerger le petit écran estival, attirait la plume de grands écrivains ou journalistes : Albert Londres, par exemple (le tour de France 1924), Buzzati, Cingria, Alfred Jarry... Mais l’épopée jaillit du vélo de souffrance, pas de la bicyclette. La littérature parle peu de la bicyclette, beaucoup du vélo. C’est pourquoi Jules Romains, dans « Les copains » (1922), est précieux :

Je n'ai peur d'aucun instant futur.Le pire événement, je passerais dessus, comme sur ce caillou. Mon pneu le boirait... à peine une petite secousse... Je n'ai jamais conçu, comme ce soir, la rotondité de la terre. Me comprends-tu ? La terre toute ronde, toute fraîche, et nous deux qui tournons autour par une route unie entre des arbres... Toute la terre comme un jardin la nuit où deux sages se promènent. Les autres choses finissent quelque part ; il le faut bien. Mais un globe n'a pas de fin. L'horizon devant toi est inépuisable. Sens-tu la rotondité de la terre ? (...)
Une descente, pareille à une fumée, se recourbait jusqu'au fond du val. Les deux bicyclettes allaient d'une vitesse toujours accrue. Les roues d'avant sautaient ensemble.
Bénin et Broudier en mouvement limitent et possèdent un espace incontesté. Et ils peuvent, quand il leur plaît, considérer le monde comme une douteuse banlieue.
(p. 76-79 du livre de poche ; des histoires un peu surannées, mais j'aime ces lignes... pour les avoir éprouvées sur la bicyclette).

Quand deux vélos se croisent et se saluent, c’est deux espaces incontestés qui s’effleurent dans leur course fuyante ; le contraire du heurt, de la collision...
De la frontière allemande à l’Atlantique, nous n’avons croisé curieusement aucun voyageur à bicyclette, durant cette semaine d’avril ; seulement quelques compétiteurs sur deux roues, peut-être un jardinier ou un pêcheur encore, canne ou bêche à l’épaule.
Sous les paupières, des images de bitume exquis, comme ce jeune couple filant dans la lumière déclinante d’un soir d’été, bonheur dévalant sur une petite route pas très éloignée du pays d’Alain Fournier. C’est qu’à l’époque du grand Meaulnes, la bicyclette pouvait prendre aussi des airs sulfureux, entraîner dans des parties de campagne, éloigner de l’enclos paroissial... Pêcheur et pécheur, le cycliste.


Par liseron • 2005-04-25 13:28:30
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Mercredi 20 avril 2005
Le voyage interrompu...

Le voyage à bicyclette prévu pour ces vacances de printemps n'est réalisé qu'à moitié... Le froid, le vent, la pluie, la fatigue nous ont arrêtés à Nantes ; retour par le train. Un calendrier strict qui oblige à de longues étapes, la rigidité du projet, mais peut-être davantage encore la forme de l'itinéraire ont eu raison de l'aventure...

Le voyage en boucle est sans doute plus judicieux que le rectiligne aller-retour. Beaucoup d'éléments apparentent bien sûr le vélo au cercle, forme éloignée cependant de la trépidation du vivant. Tout ce qui vit a l'air de suivre la ligne droite, de manière saccadée et alternative. La musique occidentale a préféré l'archet du violon à la roue de la vielle... Et pourtant je fais du vélo pour me sentir vivant. Quel auteur écrivait : "Pour imiter la marche, l'homme a inventé la roue qui ne ressemble pas à un pied ?" Car notre allure très modeste nous a toujours éloignés de la course et rapprochés des promeneurs. Ne nous appelez pas randonneurs, car l'expression de randon, en ancien français, signifie avec force, impétuosité, rapidité... La randonnée est une course épuisante, celle qui force par exemple le gibier, dans une chasse à courre. Le voyageur à bicyclette est donc un promeneur, pas suffisamment véloce pour s'appeler coureur , pas trop lent non plus, car son équilibre en souffrirait. Ni piéton, ni randonneur ; sur deux petits cercles, du côté des astres et de leurs trajectoires courbes...

L'aller-retour, ce pourrait bien être le voyage des commissions ; faire une course sur son vélo utilitaire. Et ce pauvre vélo qu'on oublie de rentrer finit par rouiller et couiner comme bêtes à bec. Je vais à l'école, je vais acheter le pain... sur ma bécane.


Par liseron • 2005-04-20 12:15:21
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Jeudi 24 mars 2005
Perce-neige...

...quelques mots qui viennent percer le blanc du silence. Le printemps qui arrive, avec une espèce de brutalité. Comme une délivrance douloureuse, entre la torpeur hivernale et la douceur nouvelle. Les nuées d'oiseaux aux mangeoires qui se disséminent, les anémones qui pointillent les talus. Fin des contractions, des infusions ; la vie diffuse...


Par liseron • 2005-03-24 15:37:30
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Mardi 16 novembre 2004
En passant par Vioménil (Vosges et Vôge)

Dire quelque chose des balades à bicyclette reprises presque chaque semaine depuis septembre. Aujourd’hui, nous avons sillonné la Vôge, pays de Lorraine compris entre la montagne vosgienne et les plaines de Saône. Pédalée dans la brume et le froid. Des fermes dispersées et la forêt... des secteurs entiers ont été reboisés après les tempêtes. Des troupeaux de charolais blanc boueux sont encore dans les pâtures, visités seulement par les hérons. L’homme est rare, le silence presque grandiose. Vers midi, nous parvenons à Vioménil et suivons les quelques indications inscrites sur des panneaux de bois : source de la Saône.
Depuis l’église, la route dévale rapidement dans un vallon sombre, toujours dans le village. Un lavoir, un cabanon où est écrit Saône... et puis la route remonte et nous retrouvons l’entrée du village.
Nous sommes donc passer devant cette source sans y croire, et la recherchant ailleurs, et attendant je ne sais quel temple de la source... Je vais relire ce soir «La source de Vioménil, de Jacques Réda (dans Le sens de la marche, Gallimard, 1990). Lui aussi n’a pas vraiment vu de source... Voici quelques vers terminant son récit qui s’appliquent bien au cycliste de ce jour :

Tout est si calme ici que je perçois le flux
De mon sang circulant dans mes vieilles artères.
Nous sommes entourés, habités de mystères.
Lorsque depuis lontemps mon pouls ne battra plus,
L’eau coulera toujours du flanc de la colline.
Mais dans l’instant j’existe encore à la façon
De la Saône filant sa diverse chanson
Sans aboutissement, sans réelle origine.

(...)


Par liseron • 2004-11-16 15:11:21
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Mercredi 10 novembre 2004
Première neige...

«Les arbres se défont à l’intérieur d’une sphère de brouillard» (Ponge)

Sur le macadam noir s’évanouissent de pâles flocons ; grisaille mouillée de l’hiver qui commence.

Il semble qu’on ne retrouve plus dans les manuels scolaires les images de la neige métamorphosant le paysage : le grand manteau blanc, les petits bonnets blancs coiffant les piquets de pâture... La géographie physique a d’ailleurs cédé la place aux hommes, à la démographie, à la géopolitique ; courbes et chiffres ont remplacé pierres et petites fleurs, et peut-être qu’un certain sens du réel et jeu de l’imaginaire nous quittent de cette façon.

Est-ce que les clichés ne seraient pas la fidélité à ce qui ne change pas ? Fidélité au monde immobile, au temps immuable ; fidélité aux pierres.
Avec la pluie, la neige, le vent viennent l’arrosement, l’érosion, le ravinement. Le monde se met à bouger, à changer. Temps de l’inconstance chanté par les poètes baroques qui aimaient l’eau, les bulles, la neige, le vent et les oiseaux...

Douce laine du ciel, belle fleur des nuées,
(...)
On dit que cet argent que tu jettes en lames
Renferme dans son sein quelques esprits de flammes ;
Que tu n’as de froideur que pour l’attouchement,
Et que la terre en toy trouve son aliment ;
Que luy pressant le flanc de tes eaux tempérées,
Tu remplis de pur sang ses veines altérées ;
Vien donc, riche toison, rare essence de l’eau ;
Inonde nos guerets d’un fertille ruisseau.
(...)
Comme leur danse est belle! Et comme leur albatre
Virevolte par l’air roulant d’un pas folâtre !
Comme ils vont se heurtans, sans se faire nul mal !
Comme en frères parfaits ils se traitent d’égal !
Comme sur le terrein l’un à l’autre s’abouche !
Comme ils font estendus une agréable couche !...

(Bussières / 1649)


Par liseron • 2004-11-10 08:43:29
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Mardi 9 novembre 2004
Mégalithe et mégabit...

«Il y avait les Pierres Dressées, ces neuf derniers mois elle les avaient vues si rarement. Elles se tenaient là et attendaient, couvertes de toiles d’araignées, et elle alla appuyer sa joue contre la grande pierre, le monstre dressé qui semblait scruter les eaux du lac et bien au-delà jusqu’aux horizons bleutés des monts Grampians. Appuyée contre la pierre, sa joue meurtrie posée là, elle ressentit quelque chose d’étrange et de rassurant, et le plus étrange était de penser que cet ancien cercle de pierres était devenu, au fur et à mesure que les années passaient à Kinraddie, le seul endroit où elle pouvait venir et prendre un peu de distance avec la clameur des jours.»
Passage extrait de Sunset Song, très beau roman de Lewis Grassic Gibbon, paru en 1932, qui chante la campagne écossaise au tout début du XXe siècle. Chris Guthrie, l’héroïne, me rappelle cet autre grand portrait féminin de la littérature anglaise, la Prue du livre de Mary Webb, Sarn (publié en 1924). Les forces du réel, les pesanteurs du monde ancien, le poids de la terre et des pierres se mêlent aux puissances de l’imaginaire...

Un magazine français de la semaine, Le Nouvel Observateur, consacre un article à la planète Blog : 10 millions d’habitants sur la «bloggosphère», qui entrecroisent aussi les feux de leur imagination avec les affres contemporaines... De la pierre solide et rassurante, menhir d’un temps immobile, serions-nous passés au bit volatil des temps accélérés ?

 

La danse est en eux,
La flamme est en eux,
Quand bon leur semble.

Ce n’est pas un spectacle devant eux,
C’est en eux.

C’est la danse de leur intime
Et lucide folie.

(...)

Mais le pire est toujours
D’être en dehors de soi
Quand la folie
N’est plus lucide.

D’être le spouvenir d’un roc et l’étendue
Vers le dehors et vers le vague.

(Guillevic, poète breton / Les Rocs, dans Terraqué, 1942)


Par liseron • 2004-11-09 08:14:00
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Samedi 6 novembre 2004
Convalescence...

Le philosophe-poète Michel Serres évoque ainsi le suffixe –escence : « ...en la luminescence ou l’incandescence, croît ou décroît, par éclats et occultations, une lumière dont l’intensité se cache et se montre en frémissant de commencer, quoique prête sans cesse à s’éteindre ; (...) » Et de parler encore de l’adolescence, de l’efflorescence, de l’arborescence, de l’effervescence... dans son livre : Hominescence(Le Pommier, 2001). Ecoulement plus régulier et durable avec les mots en –use, comme l’eau sourdant des vannes de l’écluse. Ces mouvements d’usure, ces clignotements et tremblements divers touchent aussi les mots s’alignant sur la page. La poursuite noir sur blanc a ses points de côté, son arythmie, ses arrêts... Ainsi fonctionne souvent l’écriture du journal. Il y a bien sûr les as du crayon métronomique, le taylorisme des travaux et des jours, l’artisanat souvent de jours heureux... et l’artiste qui tremperait plus volontiers sa plume dans la bile de jours noirs. Bonheur et drame sont à doses souvent différentes dans les ressorts de l’écriture : petite et grande aiguilles de la littérature, qui disent le temps des hommes. Autrefois, dans les fermes de mon pays, l’horloge comtoise n’avait qu’une seule aiguille... Et la littérature, une seule voix peut-être ?


Par liseron • 2004-11-06 11:07:17
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Vendredi 24 septembre 2004
"Les chats puissants et doux..."

Quelques maux avec une collègue, en salle des profs... et que lisait-elle, hier soir ? Un livre intitulé «Les chats»... Test d’évaluation en 6e (d’envergure nationale) ; sur quelle thématique dominante s’appuient les exercices ? «Les chats»... et les élèves qui ne connaissent pas Poe doivent doivent imaginer une histoire si possible horrible où il est question de chats noirs...
Je suis distant de la gente féline : souvenir d’un siamois qui s’agrippait à moi, dans la petite enfance ; beaucoup de souvenirs désagréables avec les chats... J’ai une fille allergique aux chats... qui vient justement de quitter sa famille pour une longue année en Amérique. Famille d’accueil mal choisie (en forçant le trait, avec un peu de vitriol dans l’encre : une Thénardier échouée au XXe siècle, V. Hugo revisité par Philippe Roth... nous sommes dans les affres), et il y a justement une occupation féline de l’endroit époustouflante : plus de quinze chats en permanence, et parfois les cris du monsieur handicapé qui se défend dans la chaise roulante... Est-ce l’année du chat ? je ne sais... En tout cas le chat m’exaspère en ce moment. Une petite exception ? Une brise de douceur féline quand même dans les blogues que j’aime, ceux d’Etolane et de Nessa par exemple... mais c’est tout, et je n’entrerais même pas dans la chambre de Colette ou dans celle de Léautaud... Je me rebiffe.


Par liseron • 2004-09-24 06:09:23
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Mardi 21 septembre 2004
Miroirs...


Par liseron • 2004-09-21 10:38:23
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Samedi 11 septembre 2004
La douleur

« Je suis allé pisser. / J’avais été fait prisonnier par la Milice fasciste le 13 décembre 1943... / Ils sont en face de moi, l’oeil rond, et je me vois soudain dans ce regard d’effroi : leur épouvante...»
Trois premières phrases de trois livres : L’espèce humaine, de Robert Antelme (paru en 1957 et lu tout récemment), Si c’est un homme, de Primo Levi (1958), L’écriture ou la vie, de Jorge Semprun (1994)...
Je viens de rouvrir ces livres après avoir lu le petit ouvrage qu’on s’apprête à étudier en classe de troisième : «Inconnu à cette adresse», de Kressmann Taylor. 18 petites lettres qu’un bon lecteur lira en une petite demi-heure, texte qualifié de «cinglant et visionnaire» en quatrième de couverture. La brièveté a pu séduire éditeurs et conseillers pédagogiques, puisque «nos élèves ne liraient plus», seulement je ne suis pas très sûr de faire lire «le chef d’oeuvre mineur», à l’instar de «L’ami retrouvé», de Fred Uhlman.

Vous qui vivez en toute quiétude (...)
N’oubliez pas que cela fut(...)
Gravez ces mots (...)
Répétez-les à vos enfants.

Comment se souvenir ? Ecouter Primo Levi, Antelme, Semprun... qui après l’épreuve trouvent encore la force et le devoir et la sérénité... de dire ce qui fut. Textes rares, souvent tardifs, cernés de grands silences. A côté des monuments, beaucoup de malaises, en corniche de l’oubli, dans les éboulis, les cafouillis du souvenir au bord de la falaise. Il faut encore une santé pour dire le détraqué...

Mauvaise dernière nuit. Lu le journal de Marguerite Duras, La douleur... Retour de Déportation du mari, Robert Antelme. Résistance, Libération, De Gaulle dénoncé, François Mitterrand, il s’appelle Morland... Textes qui torturent. Comment se souvenir ?


Par liseron • 2004-09-11 10:37:49
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Vendredi 10 septembre 2004
Je piétine...

Le "blogue" piétine, j'abandonne pour l'instant (curieux emploi du mot instant pour dire la durée indéfinie) la restitution du journal d'un cycliste, je repousse les empiètements, les pièges (prendre par la patte les animaux, espèces d'entraves...), je voudrais repartir d'un bon pied, celui de la bohême...
Et encore, dans la famille de PIED : impedimenta, pitre, piètre, péage (droit de mettre le pied)... La main qui écrit fait oublier le pied... "Je ne suis qu'un piéton, rien de plus." A. Rimbaud


Par liseron • 2004-09-10 06:02:47
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